This is Arrested Development
J’ai découvert Arrested Development extrêmement tard. Disons que j’en ai entendu parler il y a bien longtemps, mais qu’il m’a fallu près de cinq ans pour oser m’y atteler. Je développe souvent ce genre de complexes indus: j’ai vu Millenium Mambo, dont j’ai acheté le DVD en mars 2006, en février 2010 et je sais qu’il me faudra du cran, du courage et du temps, pardon pour cette dispensable référence à Dalida, pour me confronter aux Sopranos -je n’en ai regardé que le pilot, j’étais tendu comme une arbalète à l’idée de rater ne serait-ce qu’un millième de la brillance de ce monument télévisuel. Du coup, je me suis relativement fait chier.
Dieu merci, AD n’est pas une série très intimidante et je m’y suis tout de suite senti à l’aise. Tous ces losers, ces gens médiocres et mesquins, méprisables mais hilarants: ça m’a rempli d’espoir! En revanche, j’ai eu beau écumer les sites spécialisés, je n’ai pas réussi à trouver de sous-titres correctement synchronisés; j’ai donc dû faire confiance à mon anglais -que j’écris mieux que je ne le parle ou le comprends. De fait, ce groupe Facebook m’a prouvé que j’étais passé à côté de la plupart des blagues un peu fines.
Les héros de AD sont les Bluth, une riche famille américaine totalement dépendante financièrement du patriarche, Georges Sr. Lorsque ce dernier est arrêté pour tout un tas de magouilles, son fils Michael reprend, bon gré mal gré, les rênes et de l’entreprise familiale et du clan Bluth. Sa mère, Lucille (Jessica Walters, qui a joué la grand-mère d’Annie dans 90210 2.0 et en a été virée, SUE THEM), est une socialite terrifiante d’égoïsme et d’inhumanité. Son frère, Gob, est un magicien sans talent et loser patenté. J’étais ravi de revoir Portia de Rossi, dans le rôle de Lindsey, soeur jumelle de Michael et blonde désoeuvrée, qui embrasse mollement toute sorte de causes caritatives. Elle est mariée à Tobias, un ex-psychiatre tellement indu, qui passe la moitié de la série enduit de peinture bleue dans l’espor d’intégrer un groupe de jazz, les Blue Men (ou un truc du genre). Tobias est également never nude, c’est-à-dire qu’il ne supporte pas sa nudité et porte toujours de seyants micro-shorts en denim. Le plus jeune enfant de la fratrie Bluth -outre le nord-coréen étrange que Lucille adopte entre deux Martinis- est Buster, qui m’aurait davantage fait rire s’il ne m’avait pas terrorisé la plupart du temps. On le reconnaît à la prothèse qu’il porte en remplacement de la main qu’une otarie lui a arrachée. Buster a eu une liaison avec “the other Lucille”, sa voisine de pallier, jouée par Liza Minelli, qui s’en tire vachement bien! Elle est toute frippée et tassée, mais elle demeure magique.
Ma préférence va cependant au fils de Michael, George Michael (oui). Grâce à lui, j’ai un peu compris la mystique Michael Cera, qui m’avait échappé dans Juno. Ce type est brillant, dans son genre asexué/nerd/embarrassé. George Michael a un look épouvantable, à base de pantalons beige taille haute et de chemises chamarrées (le sergent latino dans Dexter, celui qui a toujours l’air ivre et sale, porte les mêmes). Il est amoureux de sa furie de cousine, Maeby, qui réussit à devenir cadre sup’ dans un studio de production avec pour seule catchphrase: “MARRY ME!”. Ma description est confuse et dense, mais elle est l’image de cette série, complètement foisonnante. Hélas, les audiences n’ont jamais été faramineuses et AD s’éteignit après trois saisons. Depuis, des rumeurs d’adaptation au cinéma surgissent régulièrement -comme il y en aura sans doute pour Ugly Betty.
Au risque de paraître monomaniaque, je vois bien Blair (Gossip Girl) devenir comme Lucille Bluth en vieillissant. Amère, cassante, impeccable, décharnée: c’est tout ce qu’une jeune fille de l’Upper East Side aspire à être. Serena, cette idiote, prendra probablement le chemin de Lindsey -la ravissante oisive- et serait même capable d’épouser un weirdo à la Tobias (honnêtement, Dan Humphrey est un raté in disguise). Wait & see!